Quand “optimisation” rime avec détérioration
Mis à jour le 30.01.26
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Cette année encore, plusieurs départements sont confrontés à une volonté forte des DSDEN de modifier en profondeur l’organisation et la gestion du remplacement. Cette tendance qui s’est enclenchée depuis plusieurs années s’accélère dans le cadre de la préparation de la rentrée 2026.
Des modifications dans la gestion du remplacement ont déjà été opérées dans plusieurs départements, souvent de manière unilatérale et sans véritable dialogue social. Loin d’améliorer le service, ces choix apparaissent comme un moyen “facile” de gérer la pénurie de personnels remplaçants, au détriment des conditions de travail et de la qualité du remplacement sur l’ensemble du territoire.
Alertée par ses sections départementales, la FSU-SNUipp a interrogé l’administration. Lire le courrier adressé au ministre le 19 décembre. Les interventions et les mobilisations ont contraint le ministère à organiser une réunion le mercredi 28 janvier, qui sera suivie d’un groupe de travail ministériel, dont la FSU-SNUipp exige la tenue avant le début des opérations de carte scolaire.
Lors de cette réunion, la DGRH (Direction Générale des Ressources Humaines) a présenté son projet « d’amélioration du remplacement » fondé sur le pilotage départemental. Pour le ministère, il semble important que les ressources de remplacement ne soient plus segmentées. L’administration souhaite ainsi qu’il n’y ait qu’un seul vivier de remplaçant·es dans chaque département, ce qui implique la suppression des distinctions et l'agrandissement des zones d’intervention.
Agrandissement des zones d’intervention
La DGRH dit vouloir s’inscrire dans le cadre réglementaire que constituent le décret et la circulaire de 2017. Dans sa présentation, si la zone d’intervention unique départementale est mise en avant, il est en revanche bien précisé qu’il peut y avoir des zones infra-départementales y compris à l’échelle d’une circonscription. Ce sont les DASEN qui déterminent par arrêté, et après avis du CSA-SD, la ou les différentes zones géographiques dans lesquelles les remplaçant·es exercent leurs fonctions.
Pour la FSU-SNUipp, l'organisation du remplacement à l’échelle départementale ou dans des zones infra-départementales plus grandes induit une gestion déshumanisée et beaucoup moins proche du terrain. Dans certains départements, la gestion du remplacement ne se fait plus par les secrétariats de circonscription, mais par des bureaux uniques à l’échelle départementale. Cette modification importante donne lieu à des dysfonctionnements et dégrade les conditions de travail des PE et des personnels administratifs.
La fin de la spécialisation au profit d’une seule brigade départementale
La DGRH explique là aussi cette décision par une mise en conformité avec les textes, mais rien dans la circulaire de 2017 n'oblige à cela. Cette décision exclurait de fait l’existence des postes de brigade ASH, alors que dans les départements où cette spécialité existe encore, elle permet d’assurer le remplacement sur des postes spécialisés par des enseignant·es volontaires. C’est une atteinte de plus au bon fonctionnement de l’École inclusive. De même, les postes de brigades dites REP+ permettent d’organiser et d’assurer dans de bonnes conditions de continuité pédagogique les 18 demi-journées de pondération prévues pour des formations. Supprimer les brigades REP+ risque d’empêcher la mise en place de ces pondérations nécessaires au bon fonctionnement des écoles en éducation prioritaire.
Cette réunion a permis de clarifier les choses sur deux points principaux :
- la suppression des spécialisations est une consigne ministérielle qui repose sur la circulaire de 2017 mais qui, pour la FSU-SNUipp, ne correspond pas à l’esprit de la circulaire. Cet élément est le point de blocage principal ;
- l’organisation de la gestion du remplacement et la définition des zones d’intervention est du ressort des DASEN et relève donc du dialogue social et du rapport de force local.
Au-delà des conséquences pour les personnels remplaçants, la question du remplacement a des conséquences pour toute la profession. C’est la remise en cause de nombreuses autorisations d’absence, de la formation continue sur le temps de travail, de la pondération des heures de formation dans les REP+, de l’octroi des temps partiels sur autorisation…
Dans plusieurs départements concernés cette année par ces modifications, les sections de la FSU-SNUipp ont engagé des actions dans un cadre intersyndical avec les personnels afin de dénoncer ces mesures et d’empêcher la dégradation des conditions de travail : rassemblements devant les DSDEN, pétitions, grèves… C’est bien ces mobilisations qui ont imposé que des discussions aient lieu.
Pour la FSU-SNUipp, ce n’est pas en essayant “d’optimiser la gestion” que le ministère va pouvoir régler la crise du remplacement, mais c’est au contraire en créant des postes afin de remplacer dans toutes les classes où cela est nécessaire. Augmenter le nombre de remplaçant·es permettrait aussi la mise en place d’une formation continue sur le temps de travail.