ENSEIGNER : UN MÉTIER EN BESOIN DE FORMATION

Mis à jour le 10.06.26

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Décryptage sur les réformes de la formation

La formation initiale des PE a subi une succession de réformes qui l’ont souvent malmenée et appauvrie. Sa dernière refondation inversera-t-elle la tendance ?

La création des Écoles normales en 1881 répond aux exigences que porte la IIIe République pour ses citoyennes et citoyens peu éduqués, parfois illettrés. Il faut former les « Hussards noirs ». Ces écoles dispensent alors une formation commune dès l’âge de quinze ans, axée sur la pratique, pour répondre à la massification de l’enseignement primaire devenu obligatoire.
Au fil du temps, le niveau de recrutement s’élève (brevet, bac, bac+2) et dans les années 60, l’arrivée des sciences de l’éducation à l’université et le développement de la didactique vont amener à s’intéresser en priorité à l’élève. Avec la loi d’orientation de 1989, l’articulation entre pratique et théorie enrichie des apports de la recherche structure une formation professionnalisante sur deux ans. Les Instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM) sont créés, revalorisant le statut et le salaire des PE, avec un recrutement à bac+3.

CACOPHONIE ET MALTRAITANCE

En 2010, le passage à bac+5 avec la masterisation approfondit les liens avec la recherche, notamment avec la rédaction d’un mémoire : démarche indispensable pour un métier de conception à même de répondre à l’ambition d’un système éducatif égalitaire de haut niveau. Mais dans le même temps, il va aussi en restreindre l’accès pour nombre d’étudiant·es. De plus, les lauréates et lauréats au concours sont envoyés en responsabilité de classe sans formation préalable.

Pas moins de quatre réformes vont modifier en profondeur et dans l’urgence les contenus et maquettes de la formation durant les quinze années suivantes. Un master spécifique des métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation (MEEF) est créé. En 2011, le nombre d’inscriptions s’effondre au CRPE*. Les IUFM laissent la place aux ESPE en 2013 qui deviendront les INSPE en 2019 sous Jean-Michel Blanquer et le concours est déplacé deux fois entre le milieu et la fin du master. Les modalités de l’alternance entre pratique en classe et théorie en viennent à présenter une multitude de configurations différentes selon la répartition des quotités de service, les profils des stagiaires, parachuté·es parfois en autonomie sur le terrain. Concours à préparer, master à boucler et responsabilité de classe entraînent surcharge de travail et diminuent le temps réfl exif sur leur pratique.

De surcroît, le nouveau référentiel de formation resserré sur les « fondamentaux » témoigne d’une baisse d’ambition pour un métier réclamant polyvalence et savoirs universitaires solides. Un constat récurrent pour la profession dont seulement 40% juge sa formation initiale de qualité, alors que la moyenne OCDE est de 70% selon la dernière enquête TALIS.
La dernière réforme ré-instaure dès 2026 le concours à bac+3 suivie d’une période de transition où les deux concours subsisteront. Cette avancée participe à la démocratisation du métier et rend attractif son accès, comme en témoigne déjà l’augmentation des inscriptions au concours externe bac+3 dans une majorité d’académies par rapport à 2025.

La nouvelle formation se poursuit désormais sur deux années rémunérées et sanctionnées par un master. Elle maintient néanmoins les stagiaires en position de responsabilité de classe à mi-temps en M2, passant à côté d’une entrée sereine dans le métier. Par ailleurs, un accompagnement des nouveaux et nouvelles titulaires sur leurs trois premières années d’exercice est maintenu. Le ministère, s’il le concrétise avec les moyens requis, actera la nécessité d’un temps long pour acquérir une expertise de gestes, de pratiques et de connaissances et construire une réelle identité professionnelle.

* Concours de recrutement de PE

“Oser se montrer créatif” - Interview

DOMINIQUE BUCHETON est Professeure honoraire en sciences de l’éducation Université de Montpellier

bucheton

QUELLES QUALITÉS SONT REQUISES POUR ENSEIGNER ?

Enseigner de manière professionnelle et responsable requiert avant tout d’être en accord avec le pacte démocratique et éducatif qui recouvre égalité des chances, valeurs citoyennes, respect des cultures et de l’hétérogénéité, élévation du niveau de savoir des élèves, et de le mettre en actes dans sa pratique. Ensuite, oser se montrer créatif en ajustant gestes et postures aux besoins des élèves nécessite de savoir les observer et les comprendre sans jugement. Pour accompagner les apprentissages, l’évaluation doit d’abord être formative, non sommative. La capacité de maintenir une atmosphère collaborative où l’écoute mutuelle permet de réfléchir ensemble est tout aussi importante.

De plus, il est désormais incontournable de travailler en équipe, concevoir des projets avec ses collègues. Tenir compte des conditions de vie des élèves implique le dialogue avec les familles et les acteurs locaux. Enfin, en tant que fonctionnaire, on doit se montrer responsable mais aussi critique des instructions officielles.

QUELLE FORMATION POUR Y ARRIVER ?

Comprendre et analyser la nature des difficultés d’un public devenu extrêmement hétérogène exige de solides outils intellectuels. La formation doit donc ouvrir à une large culture en sciences humaines, cognitives et du langage, en économie et en droit, mais aussi en didactique des disciplines afi n d’acquérir une culture professionnelle.

Par ailleurs, une solide formation au numérique pour être en capacité d’éduquer les élèves aux médias et la maîtrise des savoirs disciplinaires niveau licence sont indispensables. Pour ce qui est des dispositifs de formation, l’indispensable l’alternance école et université doit être progressive en commençant par l’observation en classe, avec des outils d’analyse. Accompagnée de temps, d’écrits réflexifs, l’expérience se transforme ainsi en savoir professionnel.

Lier expérience de terrain et recherche, avec le mémoire professionnel par exemple, invite à problématiser sa pratique. Enfin, les collectifs de début de carrière sont précieux. Ils permettent aux jeunes enseignants de partager leurs émotions et réflexions, avec l’appui de pairs et de formateurs.

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