AESH : la précarité au cœur de l’école inclusive

Mis à jour le 27.03.26

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La DEPP a publié en mars 2026 une note de travail sur les conditions d’exercice des AESH, confirmant l’urgence d’un vrai statut. Décryptage et analyse de la FSU-SNUipp.


Si le rapport confirme la place centrale des AESH dans les écoles, il dresse surtout le portrait d'une profession tenue à bout de bras par des femmes maintenues dans une précarité structurelle. 

Un métier toujours trop précaire

Le rapport de la DEPP (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance) est sans appel. Deuxième corps de métier dans les écoles après les enseignant·es, les 134 800 AESH (dont 94 % de femmes) restent les "oubliées" de la revalorisation salariale.
Le salaire de la misère : avec une rémunération mensuelle moyenne de 1 030 € nets, 90 % des AESH estiment, à juste titre, ne pas être payées à la hauteur de leur engagement.

Le piège du temps incomplet : si 60 % des AESH sont désormais en CDI, ce contrat masque la réalité du temps partiel imposé. 98 % travaillent à temps incomplet (en moyenne 63 % d'un temps plein.)

Le déclassement : près de la moitié des AESH possède un diplôme supérieur à celui requis pour le poste, prouvant que l'institution sous-emploie des compétences et ne les rémunère pas comme elle le devrait.

Des mission trop lourdes, floues et sans moyens

Loin de se cantonner à l’accompagnement des enfants en situation de handicap, les AESH sont en réalité le véritable "couteau suisse" de l'inclusion. En moyenne, elles interviennent auprès d'un nombre d'élèves 1,6 fois supérieur au nombre d’élèves notifié·es par la MDPH (Maison départementale des personnes handicapées).
Le chiffre : 9 % des AESH ont subi une atteinte physique (coups, bousculades…) au cours de l'année, soit trois fois plus que les autres personnels de l'Éducation nationale.

Le manque de moyens est criant : 36 % des AESH estiment manquer de collègues pour assurer leurs missions. Les besoins sont également importants en termes de formation de ces personnels et la mise à disposition de matériel adapté reste largement insatisfaite.
Utiles mais invisibles

Le paradoxe souligné par l'étude est frappant. Si les relations quotidiennes avec les élèves et les collègues sont jugées positives, 85 % des AESH ressentent un manque de reconnaissance de la part de la société et de l'institution. Contrairement aux autres personnels, elles sont plus nombreuses à douter de leur capacité à tenir jusqu’à la retraite (27 %) et un tiers d'entre elles envisage de quitter le métier sous trois ans.

Cette étude confirme ce que la FSU-SNUipp dénonce inlassablement depuis des années : le CDI n'est pas un remède à la précarité s'il n'est pas accompagné d'un salaire décent équivalent à un temps plein. L’école inclusive ne peut pas continuer à reposer sur le dévouement de personnels sous-payés et invisibilisés. Souvent, les AESH accompagnent davantage d’élèves que prévu, révélant un manque structurel de personnels. Cela prouve également qu’elles et ils pallient les manques de l'État au détriment de leur propre santé au travail.

La FSU-SNUipp revendique :

  • La création d'un véritable statut de la fonction publique pour sortir de la précarité.
  • Une augmentation immédiate des salaires et la possibilité d'accéder à un temps plein choisi basé sur 24 heures de présence élève.
  • Une formation de qualité et des perspectives de carrière réelles.
  • La reconnaissance de la pénibilité et la mise en place de moyens de protection face aux risques physiques.

Elle continuera de porter la voix des AESH pour que l'utilité sociale et sociétale de ce métier se traduise enfin en actes, salaire et dignité.