PE : le grand “déclassement”

Mis à jour le 02.04.26

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Une note de la DEPP met en lumière l’écart de rémunération significatif entre les professeur·es et les autres cadres de la fonction publique.

La dernière note de la DEPP (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance) du 26 février 2026 confirme ce que la FSU-SNUipp dénonce depuis des années : derrière l’image d’Épinal d’un métier “conciliable” avec la vie de famille se cache une réalité économique brutale. À qualification égale, les enseignant·es sont les parents pauvres de la catégorie A.

Un niveau de vie en chute libre par rapport aux autres cadres

Le constat est sans appel : le niveau salarial des enseignant·es décroche. Alors qu’ils et elles appartiennent à la catégorie A de la Fonction Publique d’État (FPE), leur niveau de vie est nettement inférieur à celui de leurs homologues des autres ministères.

  • 50 % des enseignant·es ont un niveau de vie inférieur à 29 640 € annuels
  • chez les autres cadres de l’État, ils ne sont que 33 % dans cette situation

Ce fossé ne s’explique pas par un manque de compétences, mais par une grille indiciaire figée et un régime indemnitaire (primes) historiquement bas par rapport au reste de la fonction publique d'État.

20 ans de perte de pouvoir d'achat !

Depuis 2000, on estime que la perte de pouvoir d'achat liée au quasi-gel du point d'indice avoisine les 15 % à 25 % selon les échelons, malgré les récentes revalorisations de 2023 et 2024 qui ne couvrent qu'une infime partie de l'inflation (prime d’attractivité).

La parentalité : un “impôt” invisible sur le salaire

La note de la DEPP souligne que les enseignant·es ont plus souvent des enfants et vivent davantage en couple que les autres cadres. Mais cette vie familiale a un coût financier direct :

  • le sacrifice du temps partiel : 38 % des collègues y ont recours (contre 29 % des autres cadres). Ce temps libéré pour la gestion domestique est un temps non payé qui pèse sur le budget immédiat et sur la future retraite.
  • l’interruption de carrière pour élever les enfants : 15 % des PE y ont recours contre 10 % chez les autres cadres.

Les femmes en première ligne du déclassement

L'égalité professionnelle reste un mirage. Concilier vie professionnelle et vie personnelle repose encore massivement sur les épaules des femmes :

  • 19 % des enseignantes ont interrompu leur carrière pour élever leurs enfants, contre seulement 3 % des enseignants.
  • 46 % des PE femmes ont eu recours au temps partiel au cours de leur carrière.

Résultat : des carrières hachées, une progression d'échelon ralentie et une perte de pouvoir d'achat qui s'accumule tout au long de la vie.

Ce que la DEPP appelle une “imbrication des sphères familiale et professionnelle” est en réalité une “forme d'exploitation” de la part de l'État. L'administration tire profit de cet investissement familial pour justifier des salaires qui ne correspondent plus au niveau de compétences et de responsabilités du métier enseignant.

Exiger une revalorisation, pas des "bricolages"

Pour la FSU-SNUipp, ces chiffres prouvent que les mesures "Pacte" ou les primes ponctuelles ne répondent pas au problème de fond.Le syndicat revendique : une augmentation immédiate du point d'indice pour rattraper l'inflation ainsi qu' une refonte des grilles pour un alignement sur les autres cadres de catégorie A

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