AESH sacrifié·es : un maintien assumé dans la précarité
Mis à jour le 15.01.26
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Le 7 janvier dernier, le Sénat a rejeté la proposition parlementaire de loi visant à créer un corps de fonctionnaires de catégorie B pour les AESH. Le ministre de l’Éducation s’est lui-même opposé à cette proposition, confirmant le choix politique de maintenir les AESH dans la précarité.
Aujourd’hui, 148 000 AESH jouent un rôle central dans la mise en œuvre de l’École inclusive. Pourtant, à la rentrée dernière, près de 49 000 élèves étaient encore privé·es d’accompagnement et de nombreux élèves accompagné·es ne le sont pas à la hauteur de leurs besoins. Cette situation inacceptable résulte directement de choix politiques qui organisent durablement la précarité de ces personnels. Profession très majoritairement féminisée (93 % de femmes), les AESH sont maintenu·es sous le seuil de pauvreté. Cette précarité financière, à laquelle s’ajoutent des conditions de travail dégradées, met à mal l’accompagnement des élèves et alimente la fuite du métier.
La proposition de loi, déposée par les sénateurs socialistes, a été largement vidée de sa substance par des amendements portés par la majorité sénatoriale de droite et du centre, et cela avec le soutien explicite du gouvernement, avant d’être finalement rejetée. Édouard Geffray s’est lui-même dit « incapable » de mettre en œuvre une telle réforme, affirmant qu’il « n’existe que des fonctionnaires à temps complet ». Le ministre nie la réalité du fonctionnement de la fonction publique et refuse toute évolution du cadre existant : chaque fonctionnaire, à l’instar des PE, peut avoir des Obligations Réglementaires de Service (ORS) qui prennent en compte le temps face à élève, mais aussi les temps de réunion et de préparation. Le ministre a également avancé l’argument du coût de la réforme, chiffrée à 4,4 milliards d’euros. Le coût actuel des AESH étant déjà évalué à 3 milliards d'euros par an, la réforme n’entraînerait en réalité qu’un surcoût de 1,4 milliard d'euros. Il est pourtant possible de faire des choix budgétaires de hausse du budget, comme celui fait actuellement par le gouvernement pour le budget de la défense. D’autres leviers de financement existent, qu’il s’agisse de la remise en cause de certaines exonérations fiscales ou de dispositifs de soutien aux grandes entreprises…
Le sénateur LR Max Brisson, vice-président de la commission culture-éducation, a quant à lui estimé que cela reviendrait à “créer des rigidités supplémentaires qui bloqueront un système déjà bancal”.
Autant d’arguments qui masquent surtout le choix politique assumé de maintenir dans la précarité les AESH, deuxième métier de l'Éducation Nationale. Cet épisode parlementaire va au-delà d'une simple divergence législative : il révèle bien le mépris du gouvernement à l'égard des AESH. Si cette proposition de loi en faveur des AESH n’est pas la première à essuyer un revers au Sénat ou à l’Assemblée Nationale, elle aurait cependant pu marquer une avancée dans un contexte où il y a urgence à améliorer les conditions de travail de ces personnels.
La mobilisation intersyndicale s’amplifie depuis le printemps dernier et reçoit le soutien de l’ensemble de la communauté éducative, et bien au-delà. En supprimant l’ensemble des articles du texte, de surcroît ceux visant à améliorer plus largement l’accueil des élèves en situation de handicap, la majorité sénatoriale et le gouvernement ont envoyé un message clair : l’école inclusive est un slogan, pas une priorité politique ni budgétaire.
Pour la FSU-SNUipp, l’inclusion scolaire ne peut se faire si elle repose sur la précarité organisée de celles et ceux qui la rendent possible. Il y a urgence à :
- créer un véritable statut de fonctionnaire de catégorie B pour les AESH
- garantir une rémunération sur la base d’un temps plein
- mettre en place une formation qualifiante et reconnue
- clarifier les missions et reconnaître pleinement leur rôle éducatif
Face au mépris affiché par le gouvernement, la FSU-SNUipp continue de se mobiliser pour obtenir rapidement satisfaction et pour sortir les AESH de leur insupportable précarité.